jeudi 6 octobre 2011

Le premier indépendantiste de Polynésie

Teraupoo de Raiatea

Cinquante ans avant Pouvanaa a Oopa, Teraupoo, né Hapaitahaa a Etau, ouvrait la voie de la lutte contre la France pour l'indépendance de la Polynésie.

Le chef Teraupoo, né Hapaitahaa a Etau
     Si Pouvanaa a Oopa est aujourd’hui devenu le symbole du combat pour l’indépendance de la Polynésie française, Le premier polynésien à avoir payé de sa personne pour cet idéal fut bien Teraupoo, un demi siècle plus tôt.
     Le théâtre de son combat fut son île de Raiatea et sa petite voisine Taha’a.

Teraupoo, né Hapaitahaa a Etau

     Hapaitahaa a Etau, dit Teraupoo, est né vers 1855 à Avera, sur la côte Est de Raiatea dans un milieu des plus modeste. En réalité, son véritable surnom aurait été initialement Taraiupoo, ce qui signifie «le coupeur de tête». L’histoire aurait donc préféré ne conserver que Teraupoo, «cette tête».

Teraupoo en famille à Raiatea
     Deux événements importants marquèrent profondément la jeunesse de Teraupoo : la mort de son père fa’a’amu et sa conversion au protestantisme.
     Cette conversion va l’engager dans une opposition farouche et jamais remise en cause contre la France.
     Cette lutte sans merci l’amène logiquement à la lutte armée. Emprisonné par la France, il est jugé, condamné et envoyé en exil en Nouvelle-Calédonie en Mars 1897 avec neuf de ses frères d’armes par le gouverneur Gallet. Dans le même temps, cent seize autres résistants furent exilés à Ua Huka, aux îles Marquises, avec femmes et enfants.
     Autorisé à rentrer chez lui en 1905, il décède à Vaiaau le 23 décembre 1918, au plus fort de l’épidémie de grippe espagnole. Sa tombe serait aujourd’hui scellée sous le bitume de la route de ceinture.

Teraupoo et l’Angleterre

     Vers sa quinzième année, Teraupoo est malmené par un capitaine de frégate français. Il fait alors serment de se venger des Français.
     Il se tourne alors vers les pasteurs de la London Missionary Society dans l’espoir d’obtenir un soutien actif de l’Angleterre qu’il n’obtiendra jamais. En effet, si les Britanniques ont toujours moralement soutenus tous ceux qui refusaient la présence française, ils ne fournirent jamais aucune aide autre que morale à aucun d’entre eux. A Teraupoo moins qu’à aucun autre : les Anglais, récemment installés aux Nouvelles-Hébrides, avaient d’autres préoccupations.

Raiatea au temps de Teraupoo
     Ce n’est pourtant pas faute d’avoir essayé. Sa dernière tentative eut lieu en janvier 1896, une fois encore avec la reine de Raiatea. Ce jour-là, ils rencontrent Robert Simons, le consul d’Angleterre. Teraupoo est accompagné d’une cinquantaine d’hommes armés.
     A la demande d’aide formulée par Teraupoo, la réponse de Simons est sans détour : les Îles-Sous-le-Vent n’ont rien à attendre de l’Angleterre. Son pays a reconnu la domination française. Un tel soutien constituerait une insulte à l’égard de la France. Teraupoo réplique alors qu’il est déterminé à maintenir hissé à tout prix le drapeau anglais et que si le consul voulait tenter de l’amener, il emploierait la force pour l’en empêcher…

1887 : la révolte de Teraupoo

     Au cours du dernier trimestre 1887, la situation se dégrade à Raiatea. Teraupoo s’oppose catégoriquement à la demande de protectorat signée par Tamatoa VI (roi de Raiatea), le vice-roi de Taha’a et l’ensemble des chefs de Raiatea et Taha’a.
     Dès lors, Teraupoo entre officiellement en rébellion, il tente de même de s’emparer de Tamatoa VI pour le déposséder !
     Sur une population estimée, à l’époque, à 1500 âmes, le chef Teraupoo aurait réussi à former une armée d’environ huit cents hommes…
     Dans un rapport officiel de l’époque, on peut même lire : «Les rebelles sont environ un millier, bien armés, bien commandés. Rien ne leur manque, ils possèdent 9/10ème des terres, vendent leurs récoltes, trafiquent à leur gré. Le gouvernement révolté de Avera et son chef Teraupoo sont maîtres de tout le pays.»

1888 : la guerre de Raiatea

     Le 16 mars 1888, le gouverneur Lacascade proclame l’annexion des Îles-Sous-le-Vent par la France. Teraupoo, lui, déclare la guerre à la France.
     S’ouvre une période pendant laquelle il fait la loi à Raiatea. Six districts de l’île et trois de Taha’a lui sont acquis et arborent le pavillon “rebelle” au côté du drapeau britannique. Il va jusqu’à taxer les produits et les bateaux qui circulent dans les zones qu’il contrôle.
     Teraupoo tiendra ainsi la dragée haute aux autorités et à l’armée française jusqu’en 1896.
Cette situation va se prolonger jusqu’au 27 décembre 1896. Ce jour là, le gouverneur Gallet lui donne quatre jours pour déposer les armes et se soumettre complètement.

Le Duguay-Trouin qui participa à la bataille
     Le premier janvier 1897, un corps expéditionnaire français composé de 1050 hommes et trois navires de guerre attaque les zones côtières de Raiatea et de Taha’a. Le 3 janvier, la bataille de Tevaitoa fait 17 morts et cinq blessés dans les rangs des résistants.
     Teraupoo est fait prisonnier le 15 février 1897 avec son épouse dans une grotte de la vallée de Vaiaau.
     La guerre de Raiatea est terminée, elle a fait 40 morts.

La naissance d’une légende

     En Mars 1897 Teraupoo et neuf autres résistants, dont la cheffesse Mai vahine de Tevaitoa et son mari, sont jugés à Papeete et condamnés à la déportation en Nouvelle-Calédonie.
     Il faudra attendre cinquante ans pour qu’un autre natif de Raiatea reparte en lutte contre la puissance coloniale française : il s’appelait Pouvanaa a Oopa. Mais c’est là une autre histoire…
     Si Teraupoo a été complètement oublié par l’histoire officielle polynésienne, il n’en reste pas moins la référence pour les militants de la cause indépendantiste qui en firent un symbole dans les années 80 et 90.

Lexique :
fa’a’amu : adoption coutumière toujours en usage en Polynésie française.

Sources :
Mémorial polynésien T.4 - Archives de la Marine, Fort de Vincennes - Archives Territoriales, Papeete - La Dépêche de Tahiti -

mardi 4 octobre 2011

L'archipel de la Société


De Bora Bora à Tahiti
en passant par Taha'a, Mopelia et Tupai…


     Avec les îles de Tahiti et de Bora Bora, l'archipel de la Société est de très loin le plus peuplé et le plus connu de toute la Polynésie française.

     Archipel le plus à l’ouest de toute la Polynésie française, les îles de la Société sont en réalité composées de deux sous-ensembles : les Îles-du-Vent au Sud et les Îles-Sous-Le-Vent au Nord-Ouest. S’y trouvent les deux îles les plus connues de toute la Polynésie : Tahiti et Bora Bora.

L'archipel de la Société, le plus peuplé de toute la Polynésie

Les Îles-Du-Vent

     Composées d’un ensemble de cinq îles, les Îles-Du-Vent présentent un certain nombre de particularités.
     Ce sont les plus grandes et les plus hautes des îles de toute la Polynésie. D’autre part, on y trouve 75% de la population totale des cinq archipels.
     Les quatre îles hautes de l’ensemble sont : Tahiti, Moorea, Maiao, Mehetia. La dernière est célèbre dans le monde entier puisqu’il s’agit de l’atoll de Tetiaroa qui fut longtemps la propriété de Marlon Brando.
     Tahiti, qui est à la fois l’île la plus grande et la plus peuplée des cinq archipels (1042 km² et 178 173 habitants sur les 240 000 que compte le pays), en est aussi la capitale politique, administrative et économique. On y trouve ainsi le seul aéroport international de Polynésie, une infrastructure réalisée pour permettre le fonctionnement du Centre d’Essais du Pacifique (C.E.P.) cher au Général De Gaulle.
     Moorea, dite l’Île sœur, se trouve à seulement 17 km de Tahiti, séparée d’elle par un chenal marin qui peut atteindre jusqu’à 1.500 mètres de profondeur. D'une superficie de 133,50 km², elle accueille plus de 16 000 habitants dans une dizaine de villages répartis sur tout le pourtour de l’île. 

A Moorea, les deux baies mythiques d'Opunohu et de Cook (à droite)
 
      Beaucoup moins urbanisée que Tahiti, Moorea est devenue une sorte de banlieue résidentielle de Papeete à laquelle elle est reliée par des navettes maritimes et aériennes.
     A une centaine de kilomètres à l'Est de Tahiti, l'île de Mehetia fait aujourd’hui partie de la commune de Taiarapu-Est (Tahiti). C’est l’île la plus à l’Est de la Société. Mehetia mesure à peine 1,5 km de diamètre et culmine à 435 mètres d’altitude. Elle fut longtemps l’étape obligée pour les navires voguant vers l’archipel des Tuamotu auxquelles elle était rattachée administrativement. Mehetia est aujourd’hui inhabitée.
     Maiao, surnommée "l'île interdite" ou "l'île oubliée", fait partie de la commune de Moorea-Maiao dont elle est une commune associée. Pour à peine neuf kilomètres carrés, Maiao compte 300 habitants. Ce qui distingue Maiao de toutes les autres îles de Polynésie, c’est qu’elle a pour règle de n’accepter aucun «étranger», c'est-à-dire aucune personne non originaire de l’île qui n’aurait pas d'invitation officielle ou de raison précise d’y débarquer (sage-femme, médecin, assistante sociale, officiels…).
     La dernière des cinq Îles-Du-Vent est un atoll du nom de Tetiaroa. S’il fut longtemps la résidence d’été des Arii* et des Pomare, famille royale de Arue, il connut une période de relative tranquillité étant la propriété de Marlon Brando.

Le fabuleux lagon de Tetiaroa survivra-t-il à l'hôtel qui s'y construit ?

     Depuis 2009, on y construit un hôtel de très grand luxe alors que nombre de personnes souhaitaient le voir transformé en réserve naturelle. Nul aujourd’hui ne sait quel sera l’impact de ces travaux, les visites de l’atoll n’étant possibles qu’avec l’autorisation du promoteur du projet…

Les Îles-Sous-Le-Vent

     Au Nord-Ouest des Îles-Du-Vent, les Îles-Sous-Le-Vent comptent neuf îles dont la plus célèbre est, Bora Bora. Cinq d’entre elles sont des îles hautes (Bora-Bora, Huahine, Maupiti, Raiatea et Taha’a), les quatre autres (Manuae, Maupihaa, Motu One et Tupai) étant des atolls.

La mythique Bora Bora côté montagne

     Rendue célèbre par l’implantation d’une base militaire américaine, Bora Bora est devenue l’incarnation du mythe polynésien. Hélas, pour avoir tout misé sur le tourisme, le rêve est en train de se transformer en cauchemar économique et écologique.
     Enfermées dans un même lagon, Raiatea et Taha’a occupent des places bien différentes.
     La première, également nommée l’île sacrée est, par son importance économique et administrative, la deuxième île de Polynésie française. Elle occupe également une place très particulière dans l’histoire et la cultures polynésiennes. Raiatea compte environ 12.000 habitants pour 170 km² et l’on y trouve le site archéologique le plus important de Polynésie : le marae Taputapuatea.
     Taha’a, dite aussi l’île vanille, mesure à peine 88 km² et compte 5.000 habitants. Si elle doit sa notoriété à sa production de «la meilleure vanille du monde», il s’agit sans aucun doute de l’une des îles les plus attachantes de toute la Polynésie. Ne possédant pas d’aéroport, elle est préservée du développement anarchique que connaissent tant d’autres îles polynésiennes.

La merveilleuse Taha'a vue des hauteurs de Raiatea

     Huahine, ou l’île mémoire, est toute proche de Taha’a et Bora Bora. Un peu plus de 5.400 personnes y vivent sur 74 km². On trouve, sur cette île envoutante, l'une des plus grandes concentrations de vestiges ma’ohi de Polynésie.
     Avec seulement 13,5 km² de superficie et guère plus de 1.230 habitants, Maupiti est l'une des dernières îles hautes de l'archipel de la Société qui soit restée intacte. On y vit encore essentiellement de la pêche et du jardinage.
     Manuae, ou Scilly, est un atoll d’à peine 3,5 km² où vivent très isolés seulement une quinzaine de personnes. Ils dépendent de la commune de Maupiti.
     Maupihaa, ou Mopelia, n’est plus aujourd’hui habitée que par une dizaine de personnes de la même famille. Cet atoll d’à peine 2,7 km² ne sera bientôt plus qu’un paradis pour les oiseaux marins et les tortues.
     Motu One est beaucoup plus connu sous le nom de Bellinghausen. Cet atoll de 3 km² n’a jamais été habité de façon permanente. Relativement préservé, il est l'habitat et le lieu de ponte privilégié de nombreuses colonies d'oiseaux et de tortues marines, ce qui en fait le but de fréquentes expéditions scientifiques. On y trouve des vestiges de la présence militaire japonaise.
     Rattaché à la commune de Bora Bora, l’atoll de Tupai (11 km² et aucun habitant) est un cas particulier. L’endroit fit la une de la presse polynésienne pour avoir été transformé en lupanar de luxe pour les invités de marque du régime de Gaston Flosse. Des revendications foncières et un imbroglio juridique très complexes font que l’atoll n’est pas prêt de pouvoir retrouver une vie plus normale.

Lexique :
*Arii : grands chefs dans la hiérarchie traditionnelle polynésienne.

La justice est en marche

Le toujours sénateur Gaston Flosse condamné
  
Cette fois, la justice s'est enfin clairement prononcée : Gaston Flosse Flosse était bel et bien corrompu et corrupteur.
C'est une dépêche AFP de ce 4 octobre 2011 qui l'annonce officiellement :
"Le tribunal correctionnel de Papeete a condamné mardi l'ex-président (DVD, ex-UMP) de Polynésie française Gaston Flosse à quatre ans de prison ferme dans une vaste affaire d'emplois fictifs."

Gaston Flosse, le sénateur condamné (à droite) et son avocat Maitre Quinquis

Toujours sénateur et membre élu de l'Assemblée de la Polynésie de 80 ans, Gaston Flosse était poursuivi pour détournement de fonds publics et prise illégale d'intérêts aux côtés de 86 autres personnes.
Si aucun mandat de dépôt n'a été réclamé à l'audience contre le prévenu, Gaston Flosse a aussi écopé d'une amende 10 millions de francs Pacifique (83.800 euros) et de 5 ans de privation de droits civils, civiques et familiaux. Autrement dit, lorsqu'il aura épuisé tous les recours encore à sa disposition (et cela peut prendre jusqu'à trois ans) il serait enfin exclu du pouvoir

Bien évidemment, l'avocat de Gaston Flosse (Maitre François Quinquis) a immédiatement déclaré qu'il engageait une procédure d'appel.

L'ancien homme fort de Polynésie, membre historique du RPR et ami de Jacques Chirac, a été condamné pour avoir profité de son mandat de président du gouvernement de la Polynésie pour organiser un vaste réseau de propagande au service de son parti, le Tahoeraa Huiraatira (autonomiste). On lui a également reproché d'avoir fait signer des "contrats cabinets" à des militants du parti, mis à la disposition de communes, de fédérations sportives, d'une radio, de syndicats ou de services sociaux.

Michel Buillard, député-maire de la capitale polynésienne Papeete

La Polynésie compte deux députés et deux sénateurs au sein des institutions de la République.
Sur ces quatre élus, trois sont condamnés dans ce dossier : Le sénateur Flosse bien sûr, et les deux députés : Michel Buillard (également maire de la capitale polynésienne Papeete) et Bruno Sandras.

Bruno Sandras, député-maire de Papara (côte Ouest de Tahiti)

Hélas, la justice ne prévoit pas l'exécution immédiate de sa sentence avant que tous les recours juridiques (appel puis cassation) ne soient épuisés. Les trois politiciens véreux continuent donc de siéger dans leurs institutions respectives.

Ils sont censés représenter la population polynésienne dont 50 % vit en dessous du seuil de pauvreté…

lundi 3 octobre 2011

Archipel des Gambier

Quatorze îles pour un seul lagon 


Le lagon de Rikitea vu du sommet du Mont Duff


     
     A 1 700 km de Tahiti, l'archipel des Gambier, un atoll réunissant 14 îles hautes dans un même lagon, est une formation géologique unique en Polynésie française. Bien que rattachées administrativement à l'archipel des Tuamotu, les Gambier sont bel et bien une entité à part.
     Tous les autres atolls polynésiens sont composés d’une ceinture de terre et de coraux qui forme des "motu" (îlets coralliens) disséminés autour du lagon avec parfois, comme à Bora Bora ou Huahine, une île haute au milieu du lagon… Une seule autre exception à cette règle : les deux îles de Raiatea et Taha'a (archipel de la Société), encerclées par une même barrière de corail.

Les Gambier : 14 iles hautes dans un seul lagon

     Autre particularité de l’archipel des Gambier : c’est là que se trouvent les plus anciennes constructions en dur de Polynésie : les édifices religieux construits par les missionnaires grâce aux bras des autochtones. Le plus connu de ces bâtiments étant la cathédrale Saint-Michel de Rikitea.
     Dernière spécificité des Gambier : c’est le centre perlicole le plus important et le plus réputé de Polynésie, tant pour l’importance que pour la qualité de sa production.

Les Gambier et l’histoire

     C’est au XIIe siècle que commence le peuplement des îles Gambier, sans doute par des navigateurs marquisiens. Ce n’est que beaucoup plus tard, en 1687, que le pirate anglais Edward Davis note dans son livre de bord avoir aperçu des îles que l’on pense être les Gambier.
     Cent dix ans après, le 24 mai 1797, le navigateur britannique James Wilson les découvre officiellement. Ayant à son bord quelques missionnaires se rendant à Tahiti, il donne à l'archipel le nom de l'amiral Gambier, protecteur des activités de la mission. De plus, il baptise le point culminant de ces îles (441 mètres) du nom de son navire : le Duff.
     Il faut pourtant attendre 1826 pour voir le premier Européen poser le pied sur une de ces îles : l’officier anglais Frederick Beechey.

Les Mangareviens du début du XIXe siècle

     C’est donc cet officier qui établit le premier contact avec le peuple Mangarevien.
A cette époque, la population s’élève à environ 5.000 âmes. Ces Polynésiens possèdent un langage propre : le Mangarevien. D’aucuns prétendent qu’ils présenteraient la particularité d’être végétariens, mais cette affirmation n’est en rien vérifiée.
     Maputeoa, le roi de l’époque, réside à Rikitea, principal village de l’île de Mangareva. La population, elle, est répartie sur les quatre îles principales de l’atoll : Mangareva, Akamaru, Aukena et Taravai.

Gregorio Maputeoa, le dernier roi des Gambier

     Ce sont les récits que fait Beechey de sa découverte qui font connaître l'archipel des Gambier. Sa situation géographique en fait rapidement une escale de réapprovisionnement importante pour de très nombreux navires de commerce.
     Déjà, la qualité particulière des nacres qui peuplent son lagon et leur abondance permettent le développement rapide d’une intense activité commerçante.

L'évangélisation des Gambier

     En 1834, la Congrégation des Sacrés-Cœurs (Les frères de Picpus) crée, sur l’île déserte de Akamaru, la première mission catholique du Pacifique Sud. C’est là que débute réellement l’évangélisation de toute la Polynésie.
     Entre 1834 et 1871, date à laquelle le père Laval est contraint de s’exiler à Tahiti, les frères de Picpus érigent de nombreux bâtiments à vocation religieuse.

Notre dame de la paix sur l'île de Mangareva

     Le plus ancien d’entre eux se trouve sur l’île de Aukena. Il s’agit de l’église Saint-Raphaël qui fut érigée en 1839. C’est la première église en dur construite en Polynésie française.
     Dans la même période sont également construits une imposante cathédrale, neuf chapelles, des tours de guet, une prison...

Les Gambier et la perliculture

     Si, dans le passé, quatre des îles Gambier étaient habitées en permanence, aujourd’hui toute la population vit sur Mangareva. Les autres îles sont utilisées pour diverses activités mais sont désertées à la nuit tombée.
     Jusqu’au début des années 1960, la principale ressource de l’archipel reposait sur le commerce de la nacre, utilisée notamment pour la fabrication de boutons.
     Vient de Tahiti un visionnaire : Robert Wan. C’est lui qui crée la première ferme perlière dans le lagon de Mangareva. Aujourd’hui, il y en a environ une centaine !
     Mais ce développement se fait au détriment des activités traditionnelles. Auto-suffisantes en 1960, les Gambier, aujourd’hui, importent de Tahiti 85 % de ce qu’elles consomment. Et l’effondrement des cours mondiaux de la perle n’arrangent pas les choses.

 Le village de Rikitea vu des flancs du Mont Duff

Le tourisme aux Gambier

     Il n’existe aucun hôtel aux Gambier. Seules quelques pensions de familles peuvent accueillir les touristes.
     L’autre handicap majeur de l’archipel réside dans son éloignement et dans une desserte aérienne très réduite : la compagnie Air Tahiti n’assure que deux liaisons hebdomadaires.
      Pourtant, les Gambier ont bien des arguments à faire valoir pour développer cette activité. Outre un magnifique lagon, il y a ce patrimoine architectural unique au monde, l’univers extraordinaire des perliculteurs et, surtout, une population particulièrement accueillante et chaleureuse.

A suivre…

 

vendredi 30 septembre 2011

L'archipel des Tuamotu

Le symbole des îles de rêves


     Sur les 118 îles de Polynésie française, 78 sont les atolls qui composent l'ensemble de l'archipel des Tuamotu-Gambier.
     Un atoll est la forme géologique la plus ancienne des îles volcaniques. Il résulte à la fois de la formation d’une barrière de corail ceinturant un volcan éteint et des phénomènes conjugués de l’érosion du cône volcanique et de son effondrement sur lui-même. Ne reste plus alors qu’un anneau corallien enserrant un lagon. Ce dernier sera ouvert ou fermé selon que des passes existent ou non.
     D’autre part, il existe des hoa (simples passages d’eau traversant les motu) qui permettent les mouvements d’eau lors des marées.
     Sur les 78 îles des Tuamotu-Gambier, 76 sont des atolls. Font exception à cette règle l’archipel fermé des Gambier et l’île de Makatea.

L’archipel des Tuamotu : un chapelet de perles…
     Par le nombre de ses îles, comme par la surface maritime occupée, l’archipel des Tuamotu est donc de très loin le plus important de Polynésie française.

La réalité cartographique de l'archipel des Tuamotu

     Comme une immense barrière entre les îles de la Société et l’archipel des Marquises, les Tuamotu s’étirent sur plus de 1 800 km de long et 600 de large, du nord-est au sud-est. Elles couvrent une superficie de 800 000 km².
     Lors du recensement de 2007, on comptait 18 317 habitants sur l’ensemble des Tuamotu-Gambier dont 3 384 sur le seul atoll de Rangiroa.
     Du plus grand de ces atolls, Rangiroa, dont le lagon (le deuxième plus grand du monde) pourrait contenir l’île de Tahiti tout entière, aux plus petits qui sont inhabités autant qu’inaccessibles, une évidente constance : le sentiment d’être entré dans une carte postale…

Aux Tuamotu, la réalité dépasse souvent la fiction et le rêve...

     Des lagons aux couleurs inoubliables bordés de plages blanches et protégées du soleil par les incontournables cocotiers, des fonds marins d’une incroyable richesse animale et végétale, des espèces d’oiseaux dont beaucoup sont endémiques…
     Et surtout, un peuple merveilleux dont seule la gentillesse égale la simplicité.

L’histoire et les Tuamotu
     L'origine du peuplement des Tuamotu est, semble-t-il, due à des immigrants venus assez récemment des îles Marquises, sans doute au XVIe siècle et alors qu'elles auraient été rendues habitables par l'introduction du cocotier.
     Jusqu'en 1854, l’archipel porte le nom de Pomutu, qui signifie « îles soumises ». À cette époque, le gouvernement français le change en Toamotu (îles lointaines) qui devient Tuamotu.
     Aujourd’hui connu des marins sous le nom d’archipel des « îles Basses », il s’est aussi longtemps appelé « l'archipel Dangereux » ou celui de « la Mer Mauvaise »…
     C’est le 24 janvier 1521 que Fernand de Magellan découvre Puka Puka. Il s’agit du premier atoll de l’océan Pacifique à être découvert par les Européens.
     Quelques années plus tard, suivant la route qui le conduira à Tahiti, Louis Antoine de Bougainville s’aventure avec succès, mais pas sans frayeurs, dans ce fantastique labyrinthe d’îles.
     Il faut pourtant attendre près de trois cents ans, le 6 septembre 1839 pour être précis, avant que ne soit découvert et porté sur les cartes le dernier des atolls paumotu*. Il s’agit de l’atoll de Ahe découvert par l’explorateur et officier de marine américain Charles Wilkes.
     C’est en 1844 que l’archipel des Tuamotu passent sous protectorat français. L’annexion au territoire de la République française est officielle en 1880.

Une magnifique cocoteraie sur l'atoll de Rangiroa

     L’isolement des atolls, leur grande pauvreté et surtout la dangerosité de leurs eaux et des passes permettant de se mettre à l’abri dans leurs lagons, les ont protégés des grands remous de l’histoire humaine.

L’économie des atolls du paradis
     La vie est dure sur les atolls paradisiaques des Tuamotu : l’eau douce y est très rare, et il faut recueillir la pluie pour avoir de quoi boire.
     Les Paumotu ont longtemps vécu exclusivement de la pêche et de toutes les richesses du cocotier. Jusqu’à ce que l’industrie française s’intéresse à la nacre des huîtres des Tuamotu qui fut longtemps la matière première de la fabrication des boutons.

Le très dur travail du coprah

     Il faut attendre les années 1970 pour que ces mêmes huîtres soient élevées pour leurs perles aux couleurs uniques. La perliculture devient alors la principale ressource économique de l’archipel.
     Le tourisme, quant à lui, ne se développe que depuis une vingtaine d’année, fortement handicapé par la rareté des moyens de communications réguliers. Pourtant, la beauté et la richesse des sites de plongée en font une destination particulièrement prisée des amateurs, et l’on trouve de plus en plus de clubs de plongée très bien équipés dans un certain nombre d’atolls, comme Rangiroa ou Tikehau.

Côté océan depuis une plage de l'atoll de Tikehau

     Un voyage aux Tuamotu se mérite, mais il laisse toujours des souvenirs impérissables. Un séjour au Tuamotu est, pour beaucoup, le voyage d’une vie…

*Paumotu, adj. : tout ce qui est relatif aux îles Tuamotu.

jeudi 29 septembre 2011

Boris Vian


Le chevalier de neige


     Tout le monde connait les amours adultères du preux chevalier Lancelot du Lac et de la reine Guenièvre. Mais qui a lu le livret d’opéra qu’en tira Boris Vian ? Et qui sait que le spectacle fut créé à Caen en 1953 sur une musique de Georges Delerue et dans une mise en scène de Joe Théhard ?


     Le texte avait été commandé à Vian, en 1952, par les organisateurs du festival dramatique de Normandie. Il en fut donné sept représentations qui réunirent 10 000 spectateurs !

     Il faut dire qu'une fois encore, l'écrivain aux multiples talents avait bousculé les habitudes en créant, avec ce texte, une forme nouvelle d'un théâtre moderne, construit sur un rythme dynamique très proche de celui du cinéma.

Une invention de Boris Vian, le 'pataphysicien

     En 1957, c'est la ville de Nancy qui donna à Boris Vian l'occasion de transformer ce spectacle musical en un véritable opéra. Là encore, ce fut un énorme succès.

     L'opéra est une découverte pour l'auteur, un univers dont il perçoit très vite les immenses possibilités. Au point qu'il écrivit cinq autres livrets qui tous ont été publiés.

     Nous sommes loin ici de « J’irai cracher sur vos tombe » et du scandale qui s’en suivit. Pourtant, le génie provocateur de Vian nous offre une version aussi belle que surprenante de la célébrissime légende celtique et de la quête du Graal.

     Il s’agit de la seule œuvre de ce génial auteur qui connût un succès critique et populaire immédiat. Pourtant, aujourd’hui elle est ignorée du plus grand nombre.

     Initialement publié par Christian Bourgois, cette réédition du Chevalier de Neige en collection de poche nous propose également les deux versions qu’en fit Boris Vian : l’opéra bien sûr, mais aussi la pièce de théâtre ainsi qu’un grand nombre de notes et de réflexions de l’auteur.



mercredi 28 septembre 2011

Dazibao


La musique autrement

L'image s'anime en cliquant dessus... Vive le progrès !

J'aime les musiques métissées, originales, inclassables, indémodables, in… Et si vous êtes comme moi, alors vous allez adorer la réédition des quatre 30 cm (sous la forme d’un magnifique coffret) de ce groupe mythique des années 70 : Dazibao.


Un rock gothique post punk écorché portant du chant en arabe (le chanteur, Jamil étant à moitié Marocain) qui reste, aujourd’hui encore, l’une des formations les plus riches et les plus intéressantes de son époque (le groupe fut créé en 1983).

Pour écouter, cliquez donc ici même...

Si, comme moi, vous les avez adorés à l’époque, ou si vous venez seulement de les découvrir, vous serez aux anges de pouvoir vous offrir cette réédition. Et si vous ne les connaissez pas (parce que trop jeune), et bien voilà l’occasion de combler un grand vide dans votre culture musicale !
Je vous invite à lire une longue et passionnante interview de Jamil, le chanteur du groupe, en suivant ce lien : http://www.abusdangereux.net/site/2011/02/dazibao/#more-1309
 

Mais il faut surtout aller visiter le site du groupe, car si ce dernier est hélas dissout depuis longtemps, le site est, lui, toujours actif et très fréquenté. Il faut dire que c'est une vraie mine d'informations. Et la discographie complète de Dazibao y est disponible, avec accès à plein de clips et d'enregistrements : http://www.myspace.com/dazibaomusic#!/dazibaomusic
Il y a un nombre incalculable de pages, sur le Net, qui parle de ce groupe, parmi elles, vous trouverez un excellent papier consacré à Dazibao par le Forum Gothique : http://www.forum-gothique.com/dazibao-cold-wave-t6976.html
Avant de partir, n'oubliez surtout pas, comme le proclamait une publicité (avec Gaisnbarre) des années 80 : "Ça commence par les oreilles…"