samedi 22 octobre 2011

Avis à tous mes lecteurs



La Polynésie et moi :
ça déménage !


     Ces quelques lignes à vous tous, lecteurs fidèles (ou non) de mes élucubrations vaguement littéraires : pour des raisons indépendantes de ma volonté (merci Google...), je me suis vu dans l'obligation de trouver une alternative à ce blog.

     Cette alternative est un nouveau blog (api, dit-on à Tahiti et dans ses îles) qui s'appelle : Tahiti, ses îles et autres bouts du monde. (En cliquant sur le titre qui précède, vous serez dirigés directement sur la page d'accueil de ce nouveau blog).

     Vous y retrouverez tous mes articles parus ici, mais dans un système de rubriques légèrement différent. En effet, ma porte s'est ouverte aux écrits de Monak, et par conséquent à d'autres sujets que ceux que je traite habituellement.

     Cette mutation explique (en grande partie) que je n'ai rien publié de nouveau depuis quelques temps. Mais les insatiables de la nouveauté seront contentés dans les jours qui viennent : je vais me remettre à écrire incessamment sous peu !
     Je vous remercie tous pour votre soutien et votre fidélité, en espérant vous retrouver dans ce nouveau cadre pour de nouvelles aventures...

     Avec toute mon amitié


Julien Gué

dimanche 16 octobre 2011

Le surf, une invention polynésienne

Horue ra'a Le loisir favori des jeunes Polynésiens

     Si la pratique moderne du surf s'est développée à partir des îles Hawaï, il s'agit en fait d'une invention polynésienne. Un jeu qui se pratiquait couché sur une planche. 

Les premiers surfeurs du monde étaient Polynésiens
     Ce n'est qu'au début du vingtième siècle qu'un américain eut l'idée saugrenue de se mettre debout sur la planche. Etrangement, il n’existe aucune trace, ni aucune étude, à propos de l’invention et de l’histoire du surf en Polynésie. Pourtant, la langue tahitienne comporte deux mots pour en parler : ‘iri faahee qui désigne la planche elle-même, et Horue ra’a qui signifie approximativement glisser sur l’eau avec une planche.

Le surf en Polynésie et l’Histoire
     La plus ancienne référence au surf connue se trouve dans les carnets de bord de James Cook.

Les origines du surf en Polynésie
     Voici comment le célèbre navigateur  relatait ce qu’il avait vu à Tahiti :
"Nous y vîmes dix ou douze indiens qui nageaient pour leur plaisir ; lorsque les flots brisaient près d'eux, ils plongeaient par dessous, et reparaissaient de l'autre côté avec une adresse et une facilité inconcevables. Ce qui rendit ce spectacle encore plus amusant, ce fut que les nageurs saisirent l'arrière d'une vieille pirogue et le poussèrent devant eux en nageant jusqu'à une assez grande distance en mer ; alors deux ou trois de ces indiens se mettaient dessus, et tournant le bout carré contre la vague, ils étaient chassés vers la côte avec une rapidité incroyable, et quelquefois même jusqu'à la grève ; ordinairement la vague brisait sur eux avant qu'ils fussent à moitié chemin, alors ils plongeaient et se relevaient de l'autre côté en tenant toujours le reste de pirogue."
     Il semble que la pratique du horue ra’a ait été une activité régie par des codes stricts édictés par l'aristocratie et pratiquée sur des plages réservées. Au fil du temps, le peuple put s'adonner à ce sport, à condition de satisfaire aux règles.
     À l’époque de Cook, on pense que les Polynésiens utilisaient déjà trois types de planches différentes et que leur fabrication répondait à tout un cérémonial dont chaque étape devait être respectée.

Mythologie
     Bizarrement, il n’existe aucune légende polynésienne traitant du surf qui nous soit parvenue. Les deux seules références à cette pratique que nous ayons découvertes se trouvent, dans la légende marquisienne de Kena et dans la légende tahitienne de Huriitemonoï. Mais la légende de Kena raconte la naissance de certains motifs du tatouage marquisien. Quant à celle de Huriitemonoï, elle relate comment la princesse mangarevienne devint reine de Tahiti.

Le surf, beaucoup plus qu'un simple jeu...

     Toutefois, dans ces deux légendes, la pratique du surf apparaît comme une activité ludique n’ayant rien d’exceptionnel.

Le surf en Polynésie et l’Histoire
     De nos jours, la pratique du surf est l’une des activités sportives les plus prisées des Polynésiens. Ceci est particulièrement vrai pour les îles de la Société où les spots de surf sont les plus nombreux et les plus réputés. Il n’est pas un jeune qui ne pratique le surf de manière plus ou moins assidue dans nos îles. Ainsi, tout au long de l’année se déroulent une multitude de compétitions permettant aux surfeurs de se mesurer entre eux.

Un rêve de surfeur...
     Le surf est ici un véritable phénomène de société. Au point que toute une économie s’est développée autour de cette activité : de la fabrication des planches aux lignes de vêtements en passant par toutes sortes d’accessoires.
     Il est présent partout dans la société polynésienne contemporaine. Des expositions de photos ou de peintures, des projections de films sur le surf, voire des concerts dédiés à ce sport viennent nous rappeler sa place. Sans omettre un calendrier de compétitions très fourni.

Les principaux spots de surf en Polynésie
     Si l’on peut pratiquer le surf presque partout en Polynésie, les spots les plus réputés se trouvent dans les îles de la Société.

La vague de Teahupoo comme la voient les surfeurs avant de se lancer...

     Le plus célèbre de tous se trouve à Tahiti près de la passe de Havae : «la plus belle gauche du monde», la mythique Teahupoo , convient aux surfeurs très expérimentés. Il est devenu une étape incontournable de la Billabong Pro qui réunit chaque année, pour le championnat du monde, les 40 meilleurs surfeurs mondiaux. Tout au long de l’année, les plus grands viennent se mesurer à elle.
     À Tahiti on peut aussi surfer aux endroits suivants : Taapuna (côte Ouest) est le site le plus fréquenté. C’est une vague de récif pour surfeurs d’excellent niveau. La passe de Te Ava Ino, avec celles de Te Ava Iti et de Vairao forment des vagues convenant mieux aux surfeurs de niveau moyen. La pointe Vénus (côte Est) et à Papara la plage côté Sud présentent des lieux accessibles aux débutants.

Le tube de Teahupoo : une machoire unique au monde...
     On peut également surfer à Moorea sur le site de Haapiti, avec des vagues puissantes.
A Huahine, Fitii et Parea offrent des vagues de récif toute l’année. Quant à la passe de Ava Mo’a, devant le village de Fare, c’est un spot de surf réputé dans tout le Pacifique.
     Il est, bien sûr, aussi possible de surfer à Bora Bora, à Raiatea et dans bien d'autres îles polynésiennes, cependant les sites mentionnés ci-dessus sont les plus réputés.

vendredi 14 octobre 2011

La perle noire de Tahiti

L'or noir des lagons polynésiens

     Les Polynésiens auraient découvert l'huître perlière bien avant l'arrivée des Européens. Ils en utilisaient la nacre pour fabriquer des armes et des ornements.

Une ferme perlière dans le lagon de Mangareva, aux îles Gambier
     Ce sont les Chinois qui inventèrent la perle de culture en introduisant dans le manteau de l’huître une figurine de plomb à l’effigie de Bouddha, autour de laquelle la nacre venait se déposer.
    Mais l’invention véritable du procédé revient incontestablement à trois Japonais qui découvrirent en 1904, sans se connaître et simultanément, le secret de la greffe.
     En 1960, un certain Jean-Marie Domard importe en Polynésie les techniques employées au Japon. En 1962, il réussissait à « nucléonner » plus de cinq mille huîtres. Trois ans après, il obtenait plus de mille perles de très haute qualité.

Mythologie

     La mythologie parle des perles noires comme des écrins de lumière qui furent donnés par le créateur à Tane, dieu de l’ordre et de la beauté. Il en fit les étoiles qu’il envoya à Rua Hatu, dieu de l’océan, pour qu’il éclaire son domaine.
     Ensuite le dieu Oro, divinité tutélaire de la guerre et de la paix, les offrit aux femmes qu’il convoitait. A l’achèvement de son œuvre, il confia l’huître perlière, « Te ufi », aux humains en souvenir de son passage. Depuis, « Te ufi » prospère dans les lagons de Polynésie.
     Ce trésor, secret des îles de corail, a longtemps été considéré comme un symbole royal.

Naissance d’une perle

     Une perle naturelle naît lorsqu'un grain de sable vient à pénétrer dans la coquille de l’huitre. Elle va alors le recouvrir de couches successives de nacre jusqu'à ce que l'intrus en soit entièrement recouvert, ce qui prendra des années.

Des nacres en attente de la greffe
     Aujourd’hui, toutes les « vraies » perles vendues dans le monde sont des perles de culture. La perliculture nécessite les trois étapes suivantes : la collecte du naissain, les opérations de greffe, la récolte.

La collecte du naissain

     Le naissain d'huître est la matière première des élevages. Les collecteurs (bandes de matière synthétique) sont suspendus quelques mètres sous la surface du lagon. Ils restent entre 12 et 24 mois sous l'eau pour produire des juvéniles de 5 à 10 cm.

Les précieuses nacres sur une filière avant d'être replongée dans le lagon
     Pour atteindre la taille de greffe comprise entre 9 et 11 cm, chaque coquille est percée au niveau d'une "oreille" puis attachée sur une cordelette de 2 m qui constituera un chapelet suspendu à une filière de sub-surface durant 3 à 12 mois.

La greffe

     Il s’agit d’insérer dans la "poche perlière" un nucléus (il jouera le rôle du grain de sable) et un greffon (morceau de tissu organique découpé dans le manteau d'une huître donneuse).

Le primordial mais très délicat geste de la greffe
     La coquille est entrouverte pour laisser passer les outils de greffe. Une fois inséré dans l'huître, le greffon fusionne avec les tissus vivants et un sac perlier se développe autour du nucléus : c'est le point de départ de la future perle.
     L'opération de greffe est un processus traumatisant. Les huîtres qui survivent et retiennent le nucléus sont élevées en chapelet sur filières. Il faut environ 18 mois pour former une couche de nacre d’une épaisseur de 0,8mm.
   Sur cent individus greffés, seules vingt-cinq à trente huîtres donnent des perles commercialisables.

La récolte

     Dix-huit mois après la greffe, c’est la récolte sans sacrifier l'huître. Si la perle est de qualité exceptionnelle, une seconde greffe est réalisée avec un nucléus de la taille de la perle récoltée. Les huîtres peuvent être greffées deux à trois fois.
     La beauté d'une perle dépend des critères suivants : sa forme, l'état de sa surface, sa couleur, son orient, sa couleur, son lustre... Plusieurs défauts peuvent apparaître : cerclages, piqûres, comètes, boursouflures, absence de lustre et de pigmentation.

Un nucléus et une très belle perle noire de Tahiti
     Afin d’assurer une qualité reconnue à la perle noire de Tahiti, ont été définies des règles de classification des perles:
  • le diamètre : il varie de 8 à 18 mm et la couche de nacre déposée autour du nucléus ne doit pas être inférieure à 0,8 mm;
  • le poids moyen : Il doit être voisin de 1,6 g ;
  • la forme : les perles sont classées en rondes, semi-rondes, semi-baroques, baroques et cerclées ;
  • la qualité : elle dépend de l'état de surface et du lustre.
     Selon les chiffres publiés par le service de la perliculture, sur cent huîtres greffées, vingt cinq donneront une perle commercialisable, mais seulement cinq seront considérées comme parfaites.

La perle et l’économie

     La perliculture était, jusqu'à il y a peu, l’une des ressources principales de la Polynésie française. Elle employait environ sept mille personnes réparties, pour l’essentiel, entre les archipels des Tuamotu, de la Société et les îles Gambier.
     Après avoir débuté avec moins de deux kilos en 1978, en 2005 la production a atteint les cinq tonnes de perles. L’essentiel de cette production est exporté vers l’Asie et les Etats-Unis après des ventes aux enchères en Polynésie et à Hong-Kong.
     Si la Polynésie reste l’un des principaux exportateurs mondiaux de perles noires, elle doit dorénavant faire face à la concurrence des autres pays d’Océanie, particulièrement celle des Îles Cook, Fidji, Marshall et Salomon. Mais aussi et surtout à l'absence totale et chronique d'une politique commerciale cohérente, conséquence d'une situation politique très particulière.

Voir aussi :

mardi 11 octobre 2011

Tatau, le tatouage polynésien


Ornement ou signe identitaire ?

     Réprouvé pendant plus de 160 ans, le tatau a failli disparaître à jamais. Aujourd'hui, il a retrouvé sa place dans la société polynésienne. Histoire d'une renaissance.

Des dos Tatoués au Festival Tatoonesia,

© Richard Allouch

     Dans la société polynésienne, avant l’évangélisation, le tatouage avait atteint une complexité et une richesse inégalée. Bien au delà d’un simple ornement il constituait un repère social, indiquant l’appartenance à un territoire, une tribu, une famille et le rang dans l’échelle sociale. Il marquait l’accomplissement de rites sociaux tels le passage de l’enfance à la puberté, le mariage, etc. Il représentait des faits remarquables de la vie de celui qui le portait : actes de bravoures à la guerre, prouesses de chasseur ou de pêcheur…

Rôle et signification du tatau

     Dans la vaste étendue de ses possibles significations se trouvait aussi la représentation de marques de type « symbole - gardien » ou «taura» propre à une famille donnée. Enfin, il pouvait être purement décoratif.

Un tatouage traditionnel marquisien complet reproduit par Karl Von den Steinen
    Si la presque totalité des Polynésiens étaient tatoués, cette pratique rituelle coûtait très cher, essentiellement en raison des festivités accompagnant sa réalisation. Plus la famille avait de biens, plus les tatouages de ses membres étaient nombreux et importants.

Disparition de l’art du tatouage polynésien

     Par un brutal retournement le tatouage va passer, en quelques dizaines d’années, du statut de pratique indispensable à celui d’habitude honteuse. Dans le sillage des tous premiers «découvreurs» des îles polynésiennes débarquent, dès la fin du 18ème siècle, les premiers missionnaires venus lutter contre le «paganisme» des Polynésiens. Converti au catholicisme en 1812, le roi Pomare II n’hésite pas à établir un code très sévère directement inspiré des préceptes de la religion qu’il vient d’embrasser.
     L’arrêt de mort du tatouage est signé dès 1823 par l’instauration de ce code qui explique : « Personne ne devra se faire tatouer, cette pratique doit être abolie entièrement (…) L’homme ou la femme qui se fait graver des tatouages, si la chose est manifeste, sera jugé et puni. (…) La punition de l’homme sera la suivante : il devra travailler sur une portion de route de dix toises pour le premier tatouage, vingt toises pour le second. (…) La punition de la femme sera la suivante : elle devra faire deux grands manteaux, l’un pour le roi et l’autre pour le gouverneur.»

Le dessin du tatouage...

© Richard Allouch

     Ce n’est pas tant la pratique du tatouage que les missionnaires veulent supprimer mais les festivités qui en accompagnent la réalisation et qui donnent lieu à tous les débordements, Notamment des débauches de rapports sexuels.
     Il y a bien quelques nobles qui refusent ce diktat. Si le fait de se marquer la peau n’est pas considéré comme un acte de rébellion en soi, ils sont sévèrement condamnés. C’est ainsi qu’a disparue totalement la pratique du tatau dans l’espace qui deviendra la Polynésie française.

Le travail salvateur de Karl Von den Steinen et la renaissance

     En 1897 aux Marquises, l’anthropologue allemand ne dénombre plus qu’une trentaine d’individus tatoués, tous très âgés, mais surtout plus un seul tatoueur. Il réalise alors un méticuleux relevé des tatouages marquisiens. Sans ce travail, tout le savoir lié à cet art aurait sans doute disparu à jamais.
     Dans les années 1970, les seuls tatouages visibles en Polynésie étaient ceux portés par les militaires et les anciens détenus. Les motifs n’avaient rien à voir avec les tatau traditionnels et le tatouage était souvent l’apanage de «marginaux» voulant afficher leur rupture avec l’ordre établi.

... puis l'encrage du tatouage

© Richard Allouch

     A la fin des années 70, un festival des arts océaniens se tient à Tahiti. Pour la majorité de la population, le choc est énorme : dans les rues de Papeete, des hommes se promènent dans leurs vêtements traditionnels, et ils sont tatoués. Leur peau ne porte pas de cœurs transpercés d’une flèche mais d’étranges dessins en noir et blanc… Ces hommes sont essentiellement Samoans. Aux îles Samoa, la tradition du tatouage ne s’est jamais éteinte.
     Tout de suite, quelques rares Polynésiens vont comprendre toute l’importance de ce qu’ils ont vu, entreprenant de se faire tatouer avec des motifs d’inspiration polynésienne. Surtout, ils vont se lancer dans la pratique du tatouage. À partir de 1980, le tatau connaît un spectaculaire essor. De plus en plus de jeunes adultes et d’adolescents se font tatouer. Les motifs sont d’inspirations traditionnelles. D’inspiration seulement tant il est difficile, plus de deux siècle après, de remonter aux sources du tatau traditionnel.

 Le Taoueur tatoué 

© Richard Allouch

     Aujourd’hui, bien rares sont les Polynésiens, hommes et femmes, qui ne portent pas au moins un tatouage. On ne peut plus parler d’un phénomène de mode mais bien d’un moyen privilégié d’une affirmation identitaire polynésienne. Bien sur, les aspects religieux et sociaux lié à la société traditionnelle ont disparus. Demeurent cependant des fonctions fortes qui ont traversées les siècles : marquer dans sa chair des événements personnels importants, se confronter à une réelle épreuve physique, même si les outils modernes l’ont considérablement atténuée et signifier son appartenance à un groupe.
     Actuellement, le tatouage polynésien est mondialement considéré comme un des sommets de cet art.

Remerciements à Richard Allouch pour ses photos et sa précieuse collaboration : http://www.fenualivre.com/

lundi 10 octobre 2011

L'archipel des Australes


Les îles oubliées de Polynésie française


Très loin dans le Pacifique Sud, éparpillées sur l'océan, les îles Australes sont presque aussi éloignées les unes des autres qu'elles le sont de Tahiti.

Archipel des Australes, une baie de Raivavae
Orientées sur un axe Nord-Ouest Sud-Est, l’archipel des Australes s’étirent sur plus de 700 kilomètres au sud de Tahiti, à cheval sur le tropique du Capricorne. S’il n’est pas le plus éloigné de la capitale polynésienne, il en est bien le plus isolé, le moins connu et le moins visité.
  
Les Îles Australes et la géographie

Composé de cinq îles hautes, d’un atoll et d’un îlot, l’archipel dans son ensemble représente à peine 140 km² de terres émergées.
Etirées comme un chapelet, les cinq îles principales des Australes sont encadrées au nord-est par les Îles Maria (Nororotu) et les îlots de Bass (Marotiri) à l’extrême sud-est. Ces deux derniers groupes étant inhabités. Cette situation géographique fait des Îlots de Bass les terres les plus sud de toute la Polynésie française.

L'archipel des Australes, le plus isolé et le plus au Sud de Polynésie
Formées de quatre îlets enfermés dans un même lagon, les Îles Maria sont le seul atoll de l’archipel. Les quatre Îlots de Bass, quant à eux, représentent ensembles une surface de terres émergées à peine supérieure à quatre hectares…
Du nord au sud, les cinq îles habitées des Australes sont : Rimatara, Rurutu, Tubuai, Raivavae et Rapa. A elles cinq, elles représentent à peine plus de 6300 habitants (recensement de 2007).
Aujourd’hui, seules Rurutu, Tubuai et Raivavae disposent d’un aéroport et il n’existe aucune liaison maritime interinsulaire. C’est une goélette (cargo mixte), et elle seule, qui approvisionne l’archipel et permet de se rendre à Rapa.
Beaucoup plus frais qu’à Tahiti, le climat tempéré de ces îles en a fait le potager de Tahiti et Moorea.

Petite histoire de l’archipel des Australes

Comparées aux autres archipels polynésiens, c’est très tardivement que les Îles Australes auraient été peuplées. Selon les sources, ce peuplement se serait fait entre le XIe et le XIVe siècle. Aucune recherche archéologique approfondie n’a cependant encore été menée permettant de répondre à cette question.
Ce que l’on sait avec quasi certitude, c’est que les premiers habitants de ces îles venaient de Tahiti.

Rapa, la moins connue des îles Australe
 C’est James Cook, encore lui, qui est le premier Européen à découvrir une île de l’archipel. Nous sommes le 13 Août 1769 et il s’agit de Rurutu qu’il baptise Oteroah. Il tente bien d’accoster en envoyant une baleinière, mais ne peut y parvenir à cause de l’hostilité des habitants.
C’est lors de son troisième et dernier voyage qu’il découvre Tubuai le 8 Août 1877. S’il n’accoste pas, les insulaires viennent à sa rencontre. Hélas, une large barrière de corail rend l’île inapte au mouillage. C’est d’ailleurs cette caractéristique qui décida les mutins de la Bounty à s’y réfugier.
Les dernières à être portées sur une carte furent les Îles Maria par l’américain Georges Washington Gardner en 1824.

L’art et la culture dans l’archipel des Australes

Les œuvres d’art produites par le peuple des Australes sont souvent considérées comme les plus remarquables que l’on ait trouvées en Polynésie. Hélas, la quasi-totalité de ces œuvres sont disséminées dans les plus grands musées occidentaux ou dans des collections privées. L’archipel a littéralement été pillé de son patrimoine dont il ne reste pratiquement plus rien sur place.
En effet, si les autochtones firent présents de nombreuses pièces aux marins de passage, certains sites ont été purement et simplement dépouillés, notamment par les missionnaires de la London Missionary Society.

Une plage de Rurutu dans l'archipel des Australe
 Ces derniers étaient particulièrement soucieux de faire disparaitre la moindre trace des anciens cultes. Ainsi, par exemple, sur les 62 marae recensés au début du XXe siècle à Raivavae, il n’en reste, encore visibles aujourd’hui, plus que 23.
La plus célèbre des œuvres volées aux Australes se trouve aujourd’hui au British Museum de Londres. Il s’agit d’une sculpture du dieu A’a découverte à Rurutu dont il existe une reproduction sur l’île.
Très célèbres aussi sont les pahu (grands tambours verticaux) qui accueillaient les navires de passage.
De très nombreux objets, de toutes sortes et d’une grande beauté, furent ainsi disséminés qui montrent une expression artistique particulièrement développée et raffinée.

Les îles Australes et l’économie

Au-delà d’une agriculture vivrière vitale pour l’ensemble des habitants de l’archipel, c’est l’agriculture qui est la principale ressource de ces îles.
Grâce à un climat beaucoup plus tempéré que le reste de la Polynésie, l’importante production maraîchère des Australes est exportée vers Tahiti, assurant l’essentiel des revenus financiers des habitants.
La pêche et l’élevage sont les activités principales des insulaires. Il est à noter que l’on trouve dans l’archipel le seul producteur de fromages de chèvres de Polynésie.
La plupart des familles consacrent une bonne partie de leur temps à un artisanat riche et très apprécié à Tahiti, tant par les Polynésiens que par les touristes. Les artisans des Australes sont particulièrement réputés pour une production de vannerie particulièrement riche et fine.
Malgré de très nombreux attraits, l’archipel des Australes est très peu fréquenté par les touristes. Deux raisons essentielles à cela : les transports et l’hébergement.

La baie des vierges à Rimatara, îles Australes
 Les liaisons aériennes sont rares, difficiles et très chères. D’autre part, aucune liaison inter-îles n’existant, il est impossible de visiter les îles de l’archipel dans un laps de temps raisonnable. Le seul moyen de le faire est d’utiliser les services de la goélette, ce qui implique d’avoir le temps, mais la plupart des visiteurs n’en disposent pas.
Si la qualité de l’accueil y est légendaire, les infrastructures hôtelières y sont pratiquement inexistantes. Les deux seules solutions sont les rares pensions de familles et l’hébergement chez l’habitant.
Si, en février 2010, les îles Australes ont été très durement frappées par le cyclone Oli, l’archipel des Australes n’en demeure pas moins l’une des destinations les plus surprenantes et les plus marquantes de Polynésie française. Il est vrai que c’est sans doute là que les habitants ont su le mieux conserver leur identité et des modes de vie bien loin de ceux qui se sont développés à Tahiti par exemple…

Quiconque a pris le temps de faire ce voyage en est revenu marqué à jamais.


Île et Tardieu


Un spectacle de la Compagnie Aliné@
conçu et mis en scène par Julien Gué

Il est bien compliqué de parler de son propre travail, je serai donc (pour une fois !) un peu laconique dans mes propos. Mais bon, un vieil adage ne dit-il pas : « On n’est jamais si bien servi que par soi-même » ? Alors laissons-nous aller à un tout petit peu d’auto satisfaction !...


           La Compagnie Aliné@ existait depuis déjà plusieurs années lors de mon arrivée à Tahiti. Assez rapidement toutefois, nous avons sympathisé et décidé de faire un petit bout de chemin ensemble sur les planches. Cette collaboration donna naissance à deux spectacles : « Île et Tardieu » puis « Jeu de planches ».




Comme son nom l’indique, « Île et Tardieu » est un montage réalisé à partir de saynètes issues pour l’essentiel du « Théâtre de chambre » de Jean Tardieu. Outre l’aspect très plaisant de ces textes, le choix en était aussi dicté par le désir de faire que chacun des nombreux acteurs de la troupe puisse trouver sa place et son plaisir dans cette aventure.
A l’époque, les seuls (et rares) spectacles de théâtre proposés au public de Tahiti consistaient en des pièces de boulevard, dans le meilleur des cas venus de France métropolitaine.
S’il y eut des expériences théâtrales polynésiennes intéressantes dans un passé un peu plus lointain, elles furent toutes étouffées par un pouvoir peu enclin à ce que quiconque puisse prendre la parole, et surtout pas les artistes. Mais ceci fera l’objet d’un article en soi.
Le fait est qu’une mise en scène dynamique portant de vrais choix artistiques avait de quoi déstabiliser un public habitué à des spectacles des plus conventionnels et sans aucune prise de risque à quel que niveau que ce soit.



« Île et Tardieu » fut un bon spectacle de divertissement : drôle, enlevé, porté par des comédiens pleins de talent et d’énergie qui avaient accepté avec plaisir de se soumettre aux idées farfelues d’un metteur en scène venu d’ailleurs. Ce fut, en tout cas, pour moi un vrai plaisir que de monter ce spectacle, et je les en remercie.
En effet, en arrivant en Polynésie, je pensais très sincèrement avoir mis un point final à ma carrière théâtrale.

PS : Si le montage photos qui accompagne ces quelques lignes est en noir et blanc et de piètre qualité, la faute en est à un méchant virus informatique qui, un jour, eût la mauvaise idée de s’attaquer à mon ordinateur sans me demander mon avis. J’espère que vous me pardonnerez ce petit inconvénient.

samedi 8 octobre 2011

Le rêve polynésien en cinémascope


Lagons et cocotiers en 24 images secondes

     Alors que le cinéma en est à son deuxième siècle d'existence, aussi isolée soit-elle, la Polynésie française a inspiré bien des histoires immortalisées sur la pellicule. 

Tahiti ou la joie de vivre : 1957
     Les toutes premières séquences cinématographiques tournées en Polynésie seraient l’œuvre de Gaston Méliès (le frère du célébrissime Georges Méliès). Âgé de soixante ans, il s’embarque pour un long périple dans les mers du Sud pendant lequel il tourna de très nombreux films dont aucun ne trouva d’acheteur à son retour.
     C’est au cours de ce voyage qu’il aurait tourné en Polynésie un film intitulé « Ballade des mers du Sud ». Hélas : ce film s’est perdu corps et bien !... N’ayons pas trop de regrets : il n’est pas certain du tout qu’il ait été tourné à Tahiti. En fait, la venue même de Gaston Méliès sur nos îles est sujette à caution.
     La véritable histoire polynésienne du cinéma de fiction débuterait donc, avec certitude cette fois, en 1927 avec un film de Robert Flaherty et W. S. Dyke : « White shadows of the south sea », plus connu sous le titre « In the South Seas » et qui deviendra « Ombres blanches » en VF. C’est ce même Flaherty qui signera au côté de Friedrich Murnau le scénario du « Tabu » tourné à Bora Bora deux ans plus tard. 

Pendant le tournage de Tabu
Fictions et documentaires
     Tout comme pour la peinture ou la littérature, nos îles ont toujours été une source inépuisable d’inspiration pour les cinéastes. Le mythe polynésien est toujours aussi puissant pour la plupart des artistes occidentaux, mais l’ouverture de l’aéroport de Tahiti permit une augmentation sensible des tournages. L’intérêt des télévisions du monde entier pour nos paysages, les merveilles des eaux transparentes de nos lagons où les mystères des civilisations polynésiennes ont considérablement multiplié le nombre de ces tournages. Au point que des producteurs locaux ont trouvé place sur ce marché, alimentant ainsi, outre les deux chaînes de télévision locales, des programmes du monde entier. Aujourd’hui, les professionnels de ce secteur se sont fédérés afin de pouvoir négocier avec les autorités une véritable reconnaissance et des soutiens financiers comparables à ceux existant en métropole.

Le film le plus célèbre avec Marlon Brando
     Il n’en va pas de même pour les films de fiction. En quatre vingt ans, une vingtaine de films seulement ont été réalisés au fenua. A cela plusieurs raisons. La première est liée à l’histoire même du cinéma : jusqu’au début des années soixante, la quasi-totalité des films était tournée en studio. Ensuite, la pellicule cinématographique est un support extrêmement fragile et nombre de bobines arrivèrent dans les laboratoires détruites ou détériorées alors que les équipes de tournages étaient rentrées chez elles. Il était donc impossible de retourner les séquences concernées. Enfin, la lenteur et le coût des voyages rendaient le tournage en studio beaucoup moins onéreux. Aujourd’hui encore, tourner en Polynésie coûte très cher.
     Pour toutes ces raisons, nombre de productions ont été (et sont toujours) réalisées sur d’autres îles moins isolées, par exemple dans les Caraïbes. L’intrusion de l’outil informatique au cinéma permettant d’utiliser des séquences déjà tournées comme décor, cette méthode particulièrement économique est de plus en plus souvent utilisée pour d’évidentes raisons de rentabilité.
     Ainsi, si la Polynésie a servi de toiles de fonds à de nombreuses productions, bien peu de ces images ont été effectivement tournées sur place.

Le mythe et la réalité
     Si nos îles ont souvent servi de cadre au cinéma à de nombreuses fictions d’aventure ou sentimentales, le mythe du « paradis sur terre » n’y est pas étranger. Mais l’utilisation qu’en firent les cinéastes du monde entier n’a fait que renforcer le mythe. Ainsi, se nourrissant de lui-même, il continue de grandir, se servant du cinéma comme d’un puissant amplificateur. Alors, ces images de la Polynésie constituent sans doute la plus efficace et la moins onéreuse des promotions pour nos îles.

Photo de plateau pendant le tournage de "Tahiti la joie de vivre"
     D’autre part, le tournage d’un long métrage représente un apport financier non négligeable dans l’économie locale, de manière directe et indirecte.

Demain sur nos écrans…
     De plus en plus, de jeunes polynésiens passionnés travaillent avec ces professionnels venus d’ailleurs et découvrent leurs métiers. Ce sont ces mêmes jeunes qui, à l'image du très prometteur Erwin Lee, vont faire des études cinématographiques en Europe, aux États-Unis où en Australie pour devenir techniciens, réalisateurs, cameramen… On peut donc rêver qu’un jour prochain une fiction de long métrage, écrite, interprétée et réalisée par des Polynésiens, s’affiche au fronton des salles obscures du fenua et d’ailleurs.

Le dernier long métrage tourné en Polynésie, même s'il est censé se dérouler en Nouvelle-Calédonie...











     En attendant, l’activité cinématographique reste un des espoirs du développement économique de la Polynésie qu’il s’agisse de fictions ou de documentaires, et les productions locales qui sont de plus en plus nombreuses. Des évènements comme le Festival International de Film Océanien (FIFO) sont là pour nous montrer le dynamisme de ce secteur en train de naître.


Sources :
- Premier catalogue des films ethnographiques sur la région du Pacifique, introduction de Jean Rouch, Unesco 1970
- Bernard Rapp, dictionnaire mondial des films, Larousse 1995
Mes remerciements particuliers à Eric Bourgeois et Marc Louvat de l’ICA pour leur aide si précieuse. www.ica.pf/, www.cinematamua.canalblog.com/
Toutes les images qui illustrent cet article proviennent des collections de l'Institut de la Communication Audiovisuelle