Teraupoo de Raiatea
Cinquante
ans avant Pouvanaa a Oopa, Teraupoo, né Hapaitahaa a Etau, ouvrait la voie de
la lutte contre la France pour l'indépendance de la Polynésie.
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Le chef Teraupoo, né Hapaitahaa a Etau |
Si Pouvanaa a
Oopa est aujourd’hui devenu le symbole du combat pour l’indépendance de la Polynésie
française, Le premier polynésien à avoir payé de sa personne pour cet idéal
fut bien Teraupoo, un demi siècle plus tôt.
Le théâtre de
son combat fut son île de Raiatea et sa petite voisine Taha’a.
Teraupoo, né Hapaitahaa a Etau
Hapaitahaa a
Etau, dit Teraupoo, est né vers 1855 à Avera, sur la côte Est de Raiatea dans
un milieu des plus modeste. En réalité, son véritable surnom aurait été
initialement Taraiupoo, ce qui signifie «le coupeur de tête». L’histoire aurait
donc préféré ne conserver que Teraupoo, «cette tête».
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Teraupoo en famille à Raiatea |
Deux
événements importants marquèrent profondément la jeunesse de Teraupoo : la mort
de son père fa’a’amu et sa conversion au protestantisme.
Cette conversion
va l’engager dans une opposition farouche et jamais remise en cause contre la
France.
Cette lutte sans
merci l’amène logiquement à la lutte armée. Emprisonné par la France, il est
jugé, condamné et envoyé en exil en Nouvelle-Calédonie en Mars 1897 avec neuf
de ses frères d’armes par le
gouverneur Gallet. Dans le même temps, cent seize autres résistants furent
exilés à Ua Huka, aux îles Marquises, avec femmes et enfants.
Autorisé à
rentrer chez lui en 1905, il décède à Vaiaau le 23 décembre 1918, au plus fort
de l’épidémie de grippe espagnole. Sa tombe serait aujourd’hui scellée sous le
bitume de la route de ceinture.
Teraupoo et l’Angleterre
Vers sa
quinzième année, Teraupoo est malmené par un capitaine de frégate français. Il
fait alors serment de se venger des Français.
Il se tourne
alors vers les pasteurs de la London Missionary Society dans l’espoir
d’obtenir un soutien actif de l’Angleterre qu’il n’obtiendra jamais. En effet,
si les Britanniques ont toujours moralement soutenus tous ceux qui refusaient
la présence française, ils ne fournirent jamais aucune aide autre que morale à
aucun d’entre eux. A Teraupoo moins qu’à aucun autre : les Anglais, récemment
installés aux Nouvelles-Hébrides, avaient d’autres préoccupations.
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Raiatea au temps de Teraupoo |
Ce n’est pourtant
pas faute d’avoir essayé. Sa dernière tentative eut lieu en janvier 1896, une
fois encore avec la reine de Raiatea. Ce jour-là, ils rencontrent Robert
Simons, le consul d’Angleterre. Teraupoo est accompagné d’une cinquantaine
d’hommes armés.
A la demande
d’aide formulée par Teraupoo, la réponse de Simons est sans détour : les
Îles-Sous-le-Vent n’ont rien à attendre de l’Angleterre. Son pays a reconnu la
domination française. Un tel soutien constituerait une insulte à l’égard de la
France. Teraupoo réplique alors qu’il est déterminé à maintenir hissé à tout
prix le drapeau anglais et que si le consul voulait tenter de l’amener, il
emploierait la force pour l’en empêcher…
1887 : la révolte de Teraupoo
Au cours du
dernier trimestre 1887, la situation se dégrade à Raiatea. Teraupoo s’oppose
catégoriquement à la demande de protectorat signée par Tamatoa VI (roi de
Raiatea), le vice-roi de Taha’a et l’ensemble des chefs de Raiatea et Taha’a.
Dès lors,
Teraupoo entre officiellement en rébellion, il tente de même de s’emparer de
Tamatoa VI pour le déposséder !
Sur une
population estimée, à l’époque, à 1500 âmes, le chef Teraupoo aurait réussi à
former une armée d’environ huit cents hommes…
Dans un rapport
officiel de l’époque, on peut même lire : «Les rebelles sont environ un
millier, bien armés, bien commandés. Rien ne leur manque, ils possèdent 9/10ème
des terres, vendent leurs récoltes, trafiquent à leur gré. Le gouvernement
révolté de Avera et son chef Teraupoo sont maîtres de tout le pays.»
1888 : la guerre de Raiatea
Le 16 mars 1888,
le gouverneur Lacascade proclame l’annexion des Îles-Sous-le-Vent par la
France. Teraupoo, lui, déclare la guerre à la France.
S’ouvre une
période pendant laquelle il fait la loi à Raiatea. Six districts de l’île et trois
de Taha’a lui sont acquis et arborent le pavillon “rebelle” au côté du drapeau
britannique. Il va jusqu’à taxer les produits et les bateaux qui circulent dans
les zones qu’il contrôle.
Teraupoo tiendra
ainsi la dragée haute aux autorités et à l’armée française jusqu’en 1896.
Cette situation
va se prolonger jusqu’au 27 décembre 1896. Ce jour là, le gouverneur Gallet lui
donne quatre jours pour déposer les armes et se soumettre complètement.
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Le Duguay-Trouin qui participa à la bataille |
Le premier
janvier 1897, un corps expéditionnaire français composé de 1050 hommes et trois
navires de guerre attaque les zones côtières de Raiatea et de Taha’a. Le 3
janvier, la bataille de Tevaitoa fait 17 morts et cinq blessés dans les rangs
des résistants.
Teraupoo est
fait prisonnier le 15 février 1897 avec son épouse dans une grotte de la vallée
de Vaiaau.
La guerre de
Raiatea est terminée, elle a fait 40 morts.
La naissance d’une légende
En Mars 1897
Teraupoo et neuf autres résistants, dont la cheffesse Mai vahine de Tevaitoa et
son mari, sont jugés à Papeete et condamnés à la déportation en
Nouvelle-Calédonie.
Il faudra
attendre cinquante ans pour qu’un autre natif de Raiatea reparte en lutte
contre la puissance coloniale française : il s’appelait Pouvanaa a Oopa. Mais
c’est là une autre histoire…
Si Teraupoo a été
complètement oublié par l’histoire officielle polynésienne, il n’en reste pas
moins la référence pour les militants de la cause indépendantiste qui en firent
un symbole dans les années 80 et 90.
Lexique :
fa’a’amu :
adoption coutumière toujours en usage en Polynésie française.
Sources :
Mémorial
polynésien T.4 - Archives de la Marine, Fort de Vincennes - Archives
Territoriales, Papeete - La Dépêche de Tahiti -
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